Les auditeurs de justice sont les élèves de l’École Nationale de la Magistrature (ENM) et se destinent à une carrière de magistrat. L’ENM est l’unique école de formation des magistrats de l’ordre judiciaire français. Elle assure la formation initiale des auditeurs de justice et la formation continue des magistrats en fonction.
La promotion 2024 réunit 465 auditeurs, qui sont sur le point de terminer leur formation pour prendre leur fonction à la rentrée 2026. Cette formation, d’une durée totale de 31 mois, comprend – outre la période d’études de 9 mois à l’ENM – plusieurs périodes de stages :
- un stage d’exercice de 3 mois au sein d’un cabinet d’avocat ;
- un stage de plein exercice de 10 mois en tribunal, dont 4 semaines en milieu carcéral et en services d’enquêtes ;
- des stages d’une durée totale de 3 semaines, au sein d’une étude de commissaire de justice, d’un service pénitentiaire d’insertion et de probation (SPIP) ainsi que d’un service de la Protection Judiciaire de la Jeunesse (PJJ) ;
- un stage de 2 semaines en Cour d’appel.
Par ailleurs, un stage extérieur de 5 semaines doit être réalisé : c’est dans ce cadre que la Fondation Jean Cotxet accueille depuis 2018 des auditeurs de justice, grâce au partenariat établi avec l’ENM, en lien avec la fédération Citoyens et Justice.
Il s’inscrit dans le cadre de la formation initiale et a pour objectifs de permettre aux auditeurs de justice :
- d’appréhender un environnement professionnel autre que judiciaire et de favoriser l’ouverture sur des connaissances diversifiées et sur des techniques autres que juridictionnelles, ou d’approfondir les connaissances avec les partenaires juridictionnels ;
- de développer leur faculté d’adaptation par l’insertion dans un milieu nouveau ;
- de découvrir et de connaître une autre organisation professionnelle, ses réalités humaines, économiques et sociales ainsi que ses contraintes ;
- d’apprendre à travailler avec des interlocuteurs différents des partenaires habituels et nécessaires de l’institution judicaire, ainsi que sur des problématiques nouvelles ;
- d’acquérir une culture générale de l’entreprise, de l’administration, des institutions nationales…
A l’issue de ce stage, les auditeurs qui auront passé leurs épreuves de sortie de l’Ecole devront procéder au choix de leur premier poste. Ils suivront ensuite pendant trois mois une préparation formation complémentaire spécialisée adaptée à la prise de leurs premières fonctions, en septembre 2026.
Patrick Beau, Président de la Fondation, a rencontré Camille Daems, auditrice de justice, pour faire le point sur son stage extérieur, qu’elle achève à la Fondation Jean Cotxet.

INTERVIEW
Patrick Beau : Vous achevez votre stage extérieur en qualité d’auditrice de justice à la Fondation Jean Cotxet. Pouvez-vous nous présenter votre parcours personnel ?
Camille Daems : Après le bac, j’ai effectué une double licence de droit et d’histoire à l’université Panthéon-Sorbonne, puis deux années de master en droit privé général avant de préparer le concours d’accès à l’ENM. En février 2024, je suis entrée à l’ENM pour y suivre la formation dispensée aux auditeurs et auditrices de justice.
Patrick Beau : Vous arriverez dans votre première fonction avec un BAC + 8… Globalement, quel regard portez-vous sur votre formation ?
Camille Daems : La formation suivie par les auditeurs et auditrices de justice est particulièrement riche. Elle comprend des périodes d’études à Bordeaux qui nous permettent d’acquérir des connaissances juridiques, mais également d’échanger avec des professionnels de l’enfance, des psychologues, des psychiatres ou encore des sociologues et d’ouvrir des espaces de réflexion. Nous réalisons également un stage en juridiction afin de nous former aux différentes fonctions auprès des magistrats en exercice, ainsi que plusieurs stages en cabinet d’avocat, en service d’enquête, en maison d’arrêt, auprès des services pénitentiaires d’insertion et de probation ou encore en étude de commissaire de justice.
Au final, cette formation permet un partage de connaissances et nous offre de nombreux outils de réflexion.
Patrick Beau : J’attache beaucoup d’importance au fait que les auditeurs de justice voient très concrètement les conditions dans lesquelles leurs décisions peuvent être mises en œuvre. Comment s’est déroulé votre stage chez nous ? Quels types d’accompagnements éducatifs avez-vous découverts ou approfondis ? Comment avez-vous appréhendé cette immersion en protection de l’enfance ?
Camille Daems : Mon stage au sein de la Fondation a été l’occasion de m’immerger dans le fonctionnement quotidien des services pendant cinq semaines, d’assister au travail de fond et à la réflexion menée par les différents professionnels et d’appréhender concrètement les difficultés qu’ils peuvent rencontrer dans l’exercice de leurs missions. J’ai pu passer deux semaines auprès de jeunes et d’éducateurs dans les maisons d’enfants, échanger avec des assistantes familiales, découvrir plus précisément le travail pluridisciplinaire des équipes d’assistance éducative en milieu ouvert. J’ai également découvert le fonctionnement quotidien d’autres formes d’accompagnements éducatifs comme le SAJE (Service d’Accueil de Jour Educatif) ou le SAPPEJ (Service d’Activités Psycho-Pédagogiques et Educatives de Jour).

« C’est avec enthousiasme que je prendrai mes fonctions ! »
— Camille Daems, Auditrice de justice
Patrick Beau : Quels bénéfices en retirez-vous ?
Camille Daems : J’en retire une connaissance plus concrète et plus précise du fonctionnement des mesures mises en œuvre en protection de l’enfance. Assister à des réunions pluridisciplinaires de début ou de fin de mesure m’a également permis de découvrir comment sont réalisées les notes transmises au juge des enfants. Mais ce stage a également été l’occasion d’échanger avec les différents professionnels qui interviennent en protection de l’enfance, de me nourrir de leurs expériences et de vivre les audiences judiciaires sous leur prisme.
Patrick Beau : Vous savez qu’on reproche parfois aux magistrats issus du premier concours d’accès à l’ENM leur jeunesse, sous-entendu leur inexpérience… Qu’en pensez-vous ?
Camille Daems : Je pense que la qualité de la formation dispensée à l’ENM permet à tous les magistrats qui arrivent en poste de disposer de solides connaissances et de nombreuses clés de réflexion. A mes yeux, ce sont ces compétences professionnelles ainsi que le respect des obligations déontologiques qui fondent la légitimité des magistrats issus des différents concours d’accès à l’ENM.
Patrick Beau : Savez-vous déjà à quel poste vous souhaiteriez accéder pour votre première prise de fonction en septembre prochain ?
Camille Daems : Pas précisément, mais il est certain que c’est avec enthousiasme que je prendrai mes fonctions !
Patrick Beau : Nous avons été heureux de vous accueillir et vous souhaitons parfaite réussite dans le métier difficile mais passionnant que vous avez choisi.
Ce stage a été l’occasion d’échanger avec les différents professionnels qui interviennent en protection de l’enfance, de me nourrir de leurs expériences et de vivre les audiences judiciaires sous leur prisme.
